Marseille 2600

 

Curiosités

 

 

 

 

Pour visiter la ville où il se trouve, le touriste ouvre son guide et y consulte la liste des curiosités à ne pas manquer. Marseille figure depuis toujours dans les ouvrages de ce genre, beaucoup plus anciens qu'on ne le croirait. Selon le Guide des chemins de Charles Estienne, en 1552, c'est un 4&port de mer, anciennement université des lettres grecques, latines et gauloises, à raison de quoi l'on appelait ceux de Marseille trilingues".

Un autre guide, paru en 1616 et rédigé en latin, qui s'appelle Voyage dans la vieille France, consacre plusieurs pages à Marseille. Après avoir signalé le port, les îles et leurs défenses, il cite le château fort de La Garde, puis ajoute : "La chapelle qu'il renferme mérite d'être vue. On y trouve deux peaux de crocodiles." Les animaux exotiques étaient encore des raretés qui méritaient le détour des visiteurs.

On aime aussi, en ce temps-là, signaler les phénomènes. "Nous vîmes, écrit Jodocus Sincerus, l'auteur du guide, un homme d'environ quarante cinq ans dont la tête était énorme. Elle avait quatre pieds de tour et pouvait peser soixante-dix livres. Cet homme était du reste de petite taille et n'avait que la peau et les os. Le poids démesuré de sa tête l'empêchait de marcher. Il parlait, mais sa voix était débile et plus grêle que celle d'une femme". On garda la tête de cet homme après sa mort.

Claude Jordan, en 1693, l'a noté dans son Voyage en Provence : "On voit, dans le couvent de l'Observance, la tête d'un nommé Borduni, fils d'un notaire de Marseille, qui est d'une grosseur prodigieuse, car quoique cet homme, qui vivait au commencement de ce siècle, n'eût que quatre pieds de haut, sa tête a les trois quarts de cette hauteur et trois pieds de tour par le côté. Il avait si peu d'esprit, quoique sa tête fût pleine de cervelle, qu'il donna lieu à ce proverbe, lorsqu'on voulait parler d'un homme qui n'avait pas de bon sens : Il a l'esprit de Borduni."

Mais ce sont surtout les reliques qui retiennent l'attention. "On conserve dans l'église de Saint-Victor, dit le guide de 1616, une curiosité précieuse : la tête de saint Victor, faite d'argent doré et pesant six cents livres ; de chaque côté sont des anges de même métal. On voit dans cet édifice la tête de saint Cassien, fondateur de l'abbaye de Saint-Victor, une côte de Lazare, la barbe de saint Paul, la boîte de laquelle Marie-Madeleine tira le parfum dont elle se servit pour oindre les pieds du Sauveur, et d'autres reliques encore. On voit aussi une crypte et une chapelle de sainte Madeleine, dans laquelle la sainte fit pénitence. La pierre sur laquelle elle couchait a, dit-on, la propriété de guérir la fièvre. On vous montre, dans le cloître, un puits où le diable, qui la servait en prenant l'apparence d'un cuisinier, fut étouffé si l'on en croit la tradition. Fais-toi raconter cette aventure par les gens du pays". Le touriste doit prendre le temps de recueillir les traditions locales de la bouche de ceux qui y croient.

Enfin, alors comme aujourd'hui, il peut profiter de son voyage pour effectuer quelques emplettes jugées avantageuses : "Il ne faut pas passer sous silence, écrit Jodocus Sincerus, qu'on peut se procurer ici à très bon marché toutes sortes de curiosités, particulièrement des cuillères et des coupes, faites avec des coquillages et des coraux".

 

 

 

 

Marseille 2600
Roger Duchêne