|
|
Créé en 1851,
le Jardin zoologique de Marseille a été racheté par
la ville en 1856 et 1861. Il faut croire que les Marseillais d'alors s'intéressaient
beaucoup aux animaux sauvages car, dans le même temps, s'ouvrit en
bordure de la ville, aux allées de Meilhan, une ménagerie
privée, "la grande ménagerie Schmidt".
En mai 1865, un journal
en soulignait l'originalité : "Ce qui rend cette exhibition
particulièrement intéressante, c'est que, pour le public,
il ne s'agit plus, comme dans les ménageries ordinaires, de parcourir
simplement des yeux une collection d'animaux étrangers à
nos climats, s'ennuyant dans leur cage et, par cela même, n'amusant
guère les spectateurs. Dans la collection Schmidt, on les voit
s'agiter, se livrer à leurs ébats. On assiste à un
drame effrayant, qui se résume enjeux palpitants de réalisme
et vraiment faits pour captiver l'attention." Il s'agissait donc d'animaux
en liberté, comme on en trouve aujourd'hui dans certains parcs
situés en pleine campagne. On n'aurait plus l'idée de les
établir en ville.
La hardiesse de la maîtresse
des lieux contribuait au plaisir des visiteurs : "Rien d'étrange
et de terriblement beau comme l'aspect de Mme Schmidt, dont les grâces
féminines sont relevées encore par un riche et galant costume,
quand elle s'élance dans l'enceinte où elle vient folâtrer
avec ses dangereux pensionnaires, aussi enjouée qu'elle le serait
au milieu d'un salon d'admirateurs." Aussi, de l'autre côté
de la grille, l'applaudit-on en tremblant pour elle. "Mme Schmidt caresse
et intimide tour à tour les sauvages acteurs et actrices en représentation
avec elle : une lionne, six lions, deux ours, une hyène, groupés
autour d'elle et se prêtant à tous ses caprices avec une
aimable docilité."
Le journal décrit
la soumission de "tous ces farouches quadrupèdes", qui "se laissent
parler, baiser, tirer par la crinière, rouler, traîner par
la patte. Ils rugissent joyeusement quand l'enchanteresse leur fait avaler
des morceaux de sucre, puis des quartiers de viande, et finalement s'inclinent,
comme des petits chiens bien appris," sous la cravache de leur maîtresse.
Le propriétaire
des lieux ne ménage pas non plus sa peine pour donner aux visiteurs
de quoi rire et de quoi frissonner. Les exercices "auxquels préside
M. Schmidt, en costume fantaisiste de guerrier, mettent en évidence
les talents d'un magnifique éléphant qui joue de l'harmonica,
d'un lion qui fait feu d'un revolver, d'autres qui bondissent à
travers des cerceaux comme des clowns de cirque". Pour finir, M. Schmidt
plonge "résolument sa tête" dans la gueule du plus fort de
ses lions.
La ménagerie Schmidt
n'est plus. Le Jardin zoologique en a longtemps pris le relais, plusieurs
fois rénové et modernisé. Dans ses sept hectares,
il offrait aux Marseillais demeurés dans la ville pendant les mois
d'été une magnifique promenade et un point d'attraction
pour les amis des animaux. Mais il a dû, hélas! fermer ses
portes lui aussi.
|
|