On admet généralement que la lettre est un des genres littéraires, pour ne pas dire le genre littéraire, dans lequel les femmes ont trouvé un (premier) moyen de s'exprimer, d'entrer dans la littérature et par là même de se libérer. Dès 1978 pourtant, le professeur F. Nies s'interrogeait dans un article essentiel: « La Lettre, un genre féminin ? ». Ou plutôt, car le point d'interrogation est une politesse à l'opinion reçue, loin de s'interroger, il montrait qu'au XVIIème siècle, la lettre n'était pas un « genre féminin » .

Dans la Bibliographie de la littérature française d'A. Cioranescu, remarque t il, sur 1190 publications comportant dans leur titre le mot lettre, il n'y en a que 23 dont les auteurs sont des femmes, soit 2%, alors que la proportion d'auteurs féminins atteint par exemple 15% pour le conte. Rien de surprenant dès lors si Colomiès, en 1699, dans son Essai de bibliothèque pour un honnête homme, ne cite que des épistoliers masculins. La conclusion est nette: « La lettre féminine du XVIIème siècle, dont la littérature et l'air du temps nous offrent de si multiples reflets et qui par conséquent existe, n'arrive que rarement à la presse d'imprimerie et ne peut donc accéder au statut de ce qu'on a pris l'habitude d'appeler la littérature. »

Bien que l'auteur de l'article ne le dise pas plus explicitement, il conviendrait par conséquent de distinguer le genre épistolaire, dont les femmes sont exclues autant ou plus que des autres genres littéraires, et une pratique de la lettre, qui leur aurait été largement ouverte (ou dont elles se seraient emparées). Pour reprendre une distinction que j'ai proposée naguère, il n'y aurait au XVIIème siècle presque pas de femmes auteurs de lettres  relevant du genre épistolaire, mais un certain nombre d'épistolières, c'est à dire de femmes qui ont pratiqué l'écriture de la lettre, de ce que j'appelle de vraies lettres .